Lorsque le jeune français Gabriel Veyre découvre la bucolique Havane de cette fin de XIXe siècle comme représentant des frères Lumière, c’est comme s’il avait posé un doigt sur la mappemonde, choisissant le meilleur environnement pour introduire le cinématographe : La Caraïbe, Reine des Antilles. Enclave géographique privilégiée, La Havane n’a pas perdu ses habitudes cosmopolites malgré les fortes contradictions qui font trembler ses esprits. Places et porches sont témoins de débats enflammés qui décident jusqu’aux plus petits détails des gestes, de la manière de s’habiller, et de l’endroit ou préfèrent se réunir les groupes d’opinions divergentes.

Les Cubains espéraient que la guerre pour l’indépendance aboutirait à la fin du mandat colonial et à l’avènement d’une république. Avec la même passion, ils recevaient les nouveautés du monde entier. L’avenue du Prado, ligne droite en direction du littorale Havanais, était le théâtre traditionnel d’événements qui allait de la tragédie à la frivolité. En ce lieu, alternant entre le vaudeville et le cirque, des troupes cubaines ou européennes récitant pompeusement des contes pouvaient distraire et animer les promeneurs qui connurent ainsi les débuts de la photographie et les premières tentatives pour capter les mouvements. C’est dans cette ambiance qu’arriva à la Havane le jeune Veyre en Décembre 1897, débarquant de Mexico, où il eut l’occasion de découvrir le cinématographe des frères Lumière et de réaliser ses propres films.

Connaissant l’appétit du public latino américain il n’eut pas beaucoup d’effort à faire pour attirer l’attention des Havanais avec les images qu’il montra à ceux qui s’arrachèrent les entrées. Son séjour fut bref et agité, mélange de romance et gestion de billetterie. Il n’est pas surprenant d’apprendre que le petit film qu’il réalisa à la Havane : « Simulacre d’un Incendie », fut le moyen de satisfaire les sollicitations d’une vedette à la mode qui brisait les cœurs des étudiants et des pompiers qui participèrent au film comme protagonistes.


Depuis cette année importante, un peu avant que la vie coloniale laisse sa place à la république, se créèrent à travers les images en mouvements les liens affectifs entre la France et Cuba. Avec les années, ce lien affectif a forgé une amitié qui fixe son rendez vous à travers ces Festivals de cinéma Français à la Havane et dans d’autres villes Cubaines. Chaque année le nombre de projections et de films s’est accru. Chaque année l’événement est attendu avec ferveur, une fenêtre de nouveauté pour les nombreux cinéphiles cubains. Le Festival du Film Français arrive de nouveau. Les lumières s’allument, le désir du rêve renaît ainsi de la confrontation à la réalité d’un art qui conjugue divertissement et apprentissage, la comédie et l’action, la poésie et la raison. Depuis les fauteuils à travers les présentations des invités, les rencontres avec la presse et surtout sur les écrans, La France et Cuba se donnent de nouveau la main. Sans solennité, ni gravité comme les visites attendues.

Quel bonheur d’avoir contribué à l’initiative de cette bonne habitude. Comme amis de toujours, liés par la passion du cinéma, essayons nous autour d’une table devant un bon verre de vin ; voyons la vie qui palpite sur l’écran, apprenons les uns des autres.

Reynaldo Gonzales
Ex-directeur de la Cinémathèque de Cuba